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La voix des personnes atteintes d'un cancer du sein

Éducation

blogue À nous la parole

Repenser l’alimentation et l’activité physique après un cancer du sein

Par Adriana Ermter

Dans notre rubrique bimestrielle, la rédactrice en chef et auteure Adriana Ermter raconte son expérience du cancer du sein

Cette bouffée de chaleur n’est pas apparue progressivement. Elle est arrivée d’un coup.

J’étais en train de faire la queue au rayon poissonnerie du marché Saint-Laurent quand une bouffée de chaleur m’a soudain envahie : j’ai eu l’impression qu’un feu s’était déclaré au plus profond de mon corps, partant de la pointe de mes orteils pour remonter à toute vitesse jusqu’à jaillir par le sommet de ma tête. En quelques secondes, je me suis mise à transpirer à grosses gouttes, j’avais le visage tout rouge et mes vêtements semblaient collés à ma peau. Je me suis débarrassée de mes vêtements aussi vite que possible pour finir par me retrouver en débardeur et en legging, gênée et priant de toutes mes forces pour que cela cesse.

Les gens autour avaient remarqué ce qui se passait, mais avaient fait comme si de rien n’était. L’homme qui se tenait devant moi m’a demandé si je voulais quelque chose à boire, puis il a disparu un instant avant de me tendre un Diet Coke bien frais, l’air inquiet. J’appréciais sa gentillesse, mais à ce moment-là, je me sentais extrêmement vulnérable. Je venais de subir une intervention chirurgicale et de terminer plusieurs mois de traitement contre le cancer du sein. Je me sentais très mal et j’avais vraiment mauvaise mine. J’avais commencé à prendre du tamoxifène quotidiennement, ce qui avait immédiatement provoqué une ménopause, accompagnée de bouffées de chaleur et d’autres symptômes horribles. Pour tout vous dire, j’avais moi-même du mal à me reconnaître.

C’est le cancer du sein qui avait provoqué tout ça. Il a transformé mon corps, la façon dont je le perçois, ce que j’en pense et la relation que j’entretiens avec lui.

Le cancer du sein a changé la perception que j’ai de moi

Il a changé ma façon de voir l’alimentation, l’activité physique et l’énergie; il a changé mon énergie et m’a fait prendre du poids. La plupart des gens pensent qu’on perd du poids lorsque l’on a un cancer du sein. Pas toujours : j’ai pris près de 40 livres (18 kg) dans les 60 jours suivant le début de mon traitement au tamoxifène, un médicament anti-œstrogénique utilisé dans le traitement du cancer du sein. Cela fait maintenant plus de cinq ans que je n’ai plus le cancer et je n’ai pas encore réussi à totalement me défaire de ce surpoids.

C’est vrai, il m’arrive parfois de perdre 10 livres (4 à 5 kg), mais il suffit de trois copieux déjeuners d’affilée ou d’un manque de volonté devant le rayon des chips au supermarché pour que je reprenne tout le poids perdu, voire plus. J’ai du mal à accepter cette réalité et c’est là que mon discours intérieur négatif prend le dessus.

Le plus difficile, ce n’est pas seulement le chiffre affiché sur la balance, c’est de ne pas reconnaître la personne que je vois quand j’aperçois mon reflet quelque part. C’est de me souvenir de ce à quoi je ressemblais autrefois, de ce que je ressentais et de la relation simple que j’avais avec la nourriture.

Mon corps d’avant le cancer me manque.

Son apparence dans mes jeans Levi’s préférés, sa capacité à pédaler en montée pendant un cours de spinning sans haleter bruyamment, et la façon dont il savourait chaque bouchée d’un hamburger-frites sans aucune culpabilité. Il m’a fallu des années pour cesser de me demander si j’allais retrouver mon corps d’avant et maintenant me concentrer que ce que je peux faire pour l’aider, lui, à se sentir mieux.

Le cancer du sein a changé ma façon de manger

Cela m’a amené à examiner de plus près ce que je mangeais et l’influence des différents aliments sur mon bien-être.

L’une des premières choses que j’ai remarquées, c’est que certains aliments semblaient avoir une influence sur les symptômes ménopausaux provoqués par le tamoxifène. Après avoir dégusté une pâtisserie grecque ou deux boules de glace Oreo, les bouffées de chaleur semblaient plus fréquentes et plus intenses, mon sommeil était perturbé et je m’épuisais rapidement. Manger un sandwich au fromage fondu (mon préféré), du fromage et des craquelins (que j’adore aussi) ou ajouter de la sauce piquante à un repas semblait également aggraver ces symptômes. Il s’avère que les produits laitiers, le gluten et les céréales raffinées attisent tous cette chaleur qui dort en moi. J’ai donc commencé à prêter davantage attention à ce que je mangeais et aux conséquences étranges qui s’ensuivaient.

Je ne cherchais pas de solution miracle. Je savais qu’il n’existait aucun aliment capable à lui seul d’annuler les effets d’un traitement contre le cancer ou d’en faire disparaître tous les effets secondaires. J’essayais simplement de comprendre mon corps et de trouver de petits moyens de prendre soin de moi.

Cela m’a amené à m’intéresser davantage au sucre et à l’inflammation. Il règne une grande confusion autour du sucre et du cancer. L’un des plus grands mythes est celui que la consommation de sucre provoque directement le cancer du sein ou que le fait de supprimer le sucre affame les cellules cancéreuses. Selon un article publié par Cancer Research UK, la réalité est bien plus complexe. Chaque cellule de notre corps utilise le glucose (un type de sucre) comme source d’énergie. Même si les cellules cancéreuses le consomment souvent plus rapidement que les cellules saines, le fait d’éviter le sucre n’empêche pas les cellules cancéreuses d’obtenir l’énergie dont elles ont besoin. En revanche, une alimentation riche en sucres ajoutés peut contribuer à la prise de poids, à la résistance à l’insuline et à l’inflammation chronique. Une étude publiée par la National Library of Medicine explique que l’inflammation est un processus naturel qui aide notre corps à guérir lorsque cela est nécessaire; cependant, lorsqu’elle devient chronique, elle peut avoir des répercussions sur divers aspects de la santé, tels que le maintien d’une vie active, la gestion du stress et la qualité du repos.

J’ai cessé de considérer la nutrition comme une liste d’aliments à bannir et j’ai commencé à réfléchir à ce que je pouvais apporter à ma vie : plus d’aliments complets; moins de soupes en conserve; plus de protéines maigres; moins de viande rouge; plus de légumes crus ou cuits à la vapeur; moins de salades. Plus de repas qui me permettent de me sentir en forme et rassasiée plus longtemps. Et même si, à Noël, je continue à manger les « Sweet Georgia Browns » de Purdy’s Chocolates et les sablés fouettés de ma sœur à pleines poignées, je suis également devenue beaucoup plus sélective quant à ma consommation de sucre en général.

Je me dis que si ce que je m’apprête à manger doit provoquer d’intenses bouffées de chaleur, un raidissement de mes articulations et un rougissement de ma peau, cela doit en valoir vraiment la peine! Je réserve cela à des délices qui relèvent plus de l’expérience que de la collation que l’on avale machinalement, comme les biscuits mous au beurre d’arachides fraichement sortis du four de ma maman ou un morceau de chocolat de Dubaï. J’ai compris que si je dois me faire plaisir, c’est avec quelque chose qui en vaut vraiment la peine.

Réduire ma consommation de sucre n’a pas fait disparaître mon poids comme par magie. Pas du tout. Les 40 livres que j’ai prises pendant mon traitement ont été l’un des aspects les plus difficiles à surmonter de mon rétablissement. Comme beaucoup de femmes sous traitement hormonal, je continue à m’efforcer de contrôler mon poids même si, oui, c’est extrêmement frustrant quand mes efforts ne se reflètent pas dans le miroir. J’ai toutefois remarqué quelques changements : quand je réduis ma consommation de sucre ajouté, je me sens moins apathique, j’ai plus d’énergie. J’ai l’impression de mieux maîtriser mes décisions, comme le type d’activité physique que je veux faire et le moment idéal pour le faire.

Le cancer du sein a changé ma façon de bouger

Avant la maladie, j’étais membre d’une salle de CrossFit. Je sais, je sais, ne me demandez pas pourquoi je m’étais embarquée là-dedans! Je suivais aussi, chaque semaine, des cours de spinning et un cours de danse cardio hip-hop pour débutants, que j’adorais. Je continue à faire du sport, mais j’ai dû adapter ma façon de m’entraîner.

Après mon traitement, dès que j’ai eu suffisamment d’énergie pour avoir envie de faire autre chose que d’aller me coucher à 18 h, j’ai commencé à suivre un cours d’exercices au rouleau en mousse que j’avais trouvé sur YouTube. C’était une activité tranquille, que je pouvais la faire en pyjama — ce que j’ai fait — et qui ne me demandait pas de sortir de chez moi. J’ai également commencé à marcher beaucoup. Au début j’y allais doucement et je faisais seulement le tour du pâté de maisons. Puis, j’ai commencé à faire plusieurs fois le tour du pâté de maisons, ensuite j’ai ajouté 15 minutes supplémentaires, et j’ai fini par inviter un·e voisin·e à marcher avec moi. Maintenant, je suis capable de marcher d’un pas vif pendant une heure.

Depuis deux ans et demi, je fais également des longueurs à la piscine du centre municipal plusieurs fois par semaine et j’adore ça. Il me faut encore beaucoup de motivation et d’organisation pour m’y rendre, mais dès que je suis dans l’eau, je me sens à nouveau moi-même. La natation me permet de me retrouver : une nageuse et une passionnée de l’eau depuis toujours. Quand je suis dans la piscine, je me rends compte à quel point mon corps est résilient : c’est un corps solide qui a résisté à une opération, à de la radiothérapie, à de la chimiothérapie par voie orale et à un emploi régulier tout au long de cette épreuve. Oui, j’ai de la difficulté à porter un sac de litière pour chat de mon stationnement jusqu’à l’ascenseur. Et oui, je suis toujours essoufflée quand je monte en courant les quatre étages qui mènent à la piscine où j’entraîne des nageuses artistiques de compétition cinq fois par semaine. Mais au moins, je le fais. Tout cela — la natation, la marche et le fait de trimballer de la litière pour chat — me rappelle que mon corps est bien plus que mon apparence.

Et même si ce cheminement intellectuel m’a demandé beaucoup d’efforts et que cette façon de penser ne me vient pas spontanément et ne suscite pas une adhésion infaillible ni sans réserve de ma part, j’ai fini par accepter qu’un mode de vie sain après un cancer ne repose pas sur la perfection. Il ne s’agit pas de ne plus jamais manger de sucre ni de suivre un ensemble de règles strictes. Il s’agit d’être à l’écoute de moi-même, de faire de meilleurs choix et de découvrir ce qui m’aide à me sentir moi-même, tel que je suis aujourd’hui, et non celle que j’étais autrefois ou celle que je pense devoir être.

Adriana Ermter est une auteure et rédactrice primée. Vous pouvez lire ses écrits dans IN Magazine, Living Luxe, 29Secrets.com, RethinkBreastCancer.ca et AmongMen.com. Cette ancienne chroniqueuse beauté du magazine FASHION et rédactrice en chef des magazines Salon et Childview habite à Toronto avec ses deux chatons très gâtés, Murphy et Olive, qu’elle a recueillis. Vous pouvez la suivre sur Instagram (@AdrianaErmter).


Les points de vue et les expériences exprimés à travers les histoires personnelles sur le blog Our Voices sont ceux des auteurs et de leurs expériences vécues. Ils ne reflètent pas nécessairement la position du Réseau canadien du cancer du sein. Les informations fournies n’ont pas été examinées médicalement et ne sont pas destinées à remplacer un avis médical professionnel. Demandez toujours conseil à votre équipe de soins lorsque vous envisagez vos plans et objectifs de traitement.