Par Adriana Ermter
Dans notre rubrique bimestrielle, la rédactrice en chef et auteure Adriana Ermter raconte son expérience du cancer du sein.
Il semblerait que je fasse partie des chanceux·ses. En effet, je fais partie des rares personnes atteintes d’un cancer du sein qui, malgré l’opération, les traitements et un stress inimaginable, n’ont pas perdu leurs cheveux. Du moins, pas tout. J’en perdais quand même sous la douche, dans ma brosse, et ma chevelure s’est clairsemée. Mes sourcils se sont également clairsemés, et toute la rangée inférieure de mes cils, autrefois longs et épais, a complètement disparu. Même si j’avais encore des cheveux, j’avais tout le temps l’impression que mon cuir chevelu était tendu. J’ai également développé une coloration bleutée et bien marquée sous les yeux, qui ressemblait à une ecchymose. Sans oublier les éruptions cutanées rouges, à vif et douloureuses, qui accompagnaient la peau noircie par les brûlures sous mon aisselle et sur mon sein du côté droit, et qui n’ont fait qu’empirer au fur et à mesure que mes séances de radiothérapie avançaient. D’ailleurs, tout cela s’est passé en même temps. Et quand ça s’est produit, je me souviens m’être dit : personne ne m’avait parlé de cet aspect du cancer.
La chute des cheveux, bien sûr. Tout le monde en parle. Bon, c’est du moins ce qu’on voit dans les séries télévisées et les films, même si ce n’est pas le cas dans la vraie vie. On s’y attend presque. Mais les éruptions cutanées, les rougeurs irritantes, la sensibilité du cuir chevelu, les ongles abîmés, les cils clairsemés et la perte de sourcils? Ce sont des détails qui ont tendance à être négligés dans les discussions sur le traitement du cancer du sein. Or, il s’avère que ces effets secondaires, qui sont loin d’être anodins, sont extrêmement fréquents.
La plupart des gens éprouvent des changements cutanés pendant le traitement : environ 92 % souffrent de problèmes tels que la sécheresse cutanée, et environ un tiers constatent un changement au niveau des ongles. En d’autres termes, si vous avez soudain l’impression que votre corps fonctionne différemment qu’à l’accoutumée, ce n’est pas le fruit de votre imagination.
Cheveux et cuir chevelu
La chute de cheveux pendant la chimiothérapie est due au fait que les médicaments sont conçus pour attaquer les cellules à croissance rapide. Les cellules cancéreuses se multiplient rapidement, c’est pourquoi la chimiothérapie est efficace. Mais les follicules pileux comptent également parmi les cellules qui se renouvellent le plus rapidement dans notre corps; le traitement peut donc interrompre ce cycle de croissance, ce qui affaiblit les cheveux et provoque leur chute. Des séries télévisées et des films tels que Firefly Lane, The Summer I Turned Pretty, The Big C et Me and Earl and the Dying Girl ont aidé à populariser ce phénomène.
Ce dont on ne parle pourtant pas assez, c’est de la façon dont le cuir chevelu réagit. Lorsque les cheveux commencent à tomber, le cuir chevelu peut s’irriter, ce qui peut le rendre très sensible. On peut avoir l’impression de ressentir une sensation de brûlure, une douleur, des picotements, des fourmillements, voire cette sensation de tiraillement que l’on ressent quand on a les cheveux attachés en queue de cheval serrée toute la journée. L’association Breast Cancer Org. qualifie ces effets secondaires médicaux de « trichodynie » et indique que des stéroïdes sur ordonnance ou des analgésiques anti-inflammatoires peuvent soulager ces symptômes. Si vous vous reconnaissez dans cette description, parlez-en à votre oncologue.
Une fois que les cheveux sont tombés ou se sont clairsemés, le cuir chevelu a d’autres besoins. Sans cheveux, il n’est plus protégé du soleil, des frottements, des variations de température, des agressions extérieures et de la sécheresse. C’est un peu comme la peau de votre visage et de votre corps : elle brûle facilement sous l’effet des rayons UV du soleil, se dessèche rapidement et s’irrite au contact des tissus, ou des coutures des chapeaux et des écharpes. Il peut être judicieux d’appliquer une crème solaire ou un vaporisateur solaire 30 minutes avant de sortir. Il existe de nombreux produits doux et sans parfum; pensez simplement à en parler d’abord à votre oncologue.
Hair GP, une clinique spécialisée dans la perte de cheveux dirigée par des médecins et située à Londres, en Angleterre, recommande également de ne laver son cuir chevelu et ses cheveux qu’au maximum deux fois par semaine à l’eau tiède, afin d’éviter de priver le cuir chevelu des huiles naturelles dont il a besoin pour rester hydraté et en bonne santé. Afin d’éviter toute irritation inutile, optez pour un shampooing et un revitalisant à la formule apaisante, sans sulfate, sans parabène, sans phtalate, sans parfum et sans colorant, comme le shampooing hydratant doux de CeraVe, le shampooing au lait d’avoine hydratation quotidienne d’Aveeno ou encore le shampooing Sensinol de Ducray. Ces marques proposent également des crèmes apaisantes pour le visage et le corps, idéales pour toutes les zones, du visage aux seins en passant par le pourtour des ongles.
Ongles
Je n’ai pas eu de problèmes avec mes ongles, mais beaucoup de femmes en ont. Ils peuvent devenir ternes, cassants et/ou striés, et il arrive parfois que des lignes sombres apparaissent et qu’ils se décollent du lit unguéal. Tout cela peut être aussi douloureux qu’inquiétant.
Un article publié en 2022 par la National Library of Medicine explique que la chimiothérapie agit sur ces cellules de la même manière qu’elle agit sur les autres cellules à croissance rapide de l’organisme. Cependant, comme nos ongles poussent lentement, les dommages n’apparaissent que progressivement, au fur et à mesure de leur pousse.
Dans une étude publiée dans le Medical News Today, il apparaît qu’entre 45 % et 60 % des personnes qui subissent une chimiothérapie connaissent un changement au niveau des ongles : décoloration, fendillement, cassage ou sensibilité au toucher, ce qui peut rendre pénibles des actions que l’on considère comme acquises, comme envoyer un texto, boutonner une chemise, faire défiler TikTok ou utiliser un ouvre-boîte.
Garder les ongles courts et hydrater régulièrement les cuticules peut aider à les protéger pendant toute la durée du traitement. Porter des gants pour faire le ménage ou la vaisselle permet également d’éviter les microblessures au niveau du lit unguéal, ce qui est particulièrement important lorsque le système immunitaire est déjà affaibli.
Peau
C’est au niveau de la peau que j’ai eu les plus grandes surprises. Avant le cancer, ma peau se comportait généralement bien et de manière prévisible. Puis, les traitements ont commencé et j’ai tout d’un coup commencé à ressentir des démangeaisons au bras droit, mon visage rougissait beaucoup plus facilement et toutes les crèmes auxquelles je faisais confiance auparavant me semblaient soit inefficaces, soit irritantes. La peau de mon visage, qui était autrefois mixte, est devenue tellement sèche que je devais l’hydrater plusieurs fois par jour.
Ce problème est l’une des causes les plus courantes des troubles cutanés; les dermatologues l’appellent « xérose », terme médical désignant une peau très sèche. La chimiothérapie et les traitements ciblés peuvent affaiblir la couche externe de la peau qui, normalement, retient l’hydratation et empêche les irritants de pénétrer. Une fois cette barrière altérée, l’eau s’évapore plus facilement et la peau devient sèche, squameuse et sensible. Et croyez-moi, mettre du fond de teint ou de la poudre pour masquer les rougeurs ne donnait vraiment pas un joli résultat. Cela ne faisait que mettre en évidence à quel point ma peau était sèche et squameuse. J’ai préféré utiliser le Super Serum Skin Tint SPF 40 d’Ilia, une marque canadienne, car en plus de la protection solaire intégrée, il pénétrait bien dans ma peau, l’hydratait et unifiait mon teint.
J’ai aussi intensifié ma routine de soins de la peau. J’étais déjà de celles qui utilisent religieusement les sérums, les crèmes pour le contour des yeux, les lotions pour le visage, les crèmes solaires et les crèmes de nuit, mais j’ai dû faire quelques essais pour trouver de nouveaux produits aux formules plus hydratantes. Car chez moi, la sécheresse — surtout au niveau des aisselles et de la poitrine — s’était transformée en démangeaisons semblant surgir de nulle part. Ce n’était pas seulement désagréable, c’était douloureux. La Mayo Clinic explique que quand la peau devient trop sèche, de minuscules fissures se forment, ce qui permet aux bactéries de pénétrer plus facilement. Or, lorsque l’on a un système immunitaire affaibli, même les problèmes cutanés mineurs méritent qu’on s’y attarde. Alors, entre deux séances de radiothérapie, j’appliquais religieusement plusieurs couches de la crème Base Glaxal de Wellskin.
La radiothérapie aggrave les douleurs cutanées. Un article publié par la National Library of Medicine indique que 95 % des personnes soumises à une radiothérapie développent une réaction cutanée plus ou moins importante au niveau de la zone traitée. Au début, cela ressemble souvent à un léger coup de soleil — ce qui a été le cas pour moi, mais avec le temps, la peau peut foncer, peler et/ou devenir sensible. La peau de mon aisselle et sur le côté de ma poitrine a subi tout cela et a pris une teinte noir charbon qui s’est estompée avec le temps, mais qui reste tout de même plus foncée que le reste de ma peau. C’est parce que les rayons endommagent non seulement les cellules cancéreuses, mais aussi les cellules saines de la peau de la zone traitée.
Je n’ai pas eu ce problème, mais des éruptions cutanées qui ressemblent étrangement à de l’acné juvénile peuvent également apparaître sur le visage et le corps. Selon la European Academy of Dermatology & Venereology, certains médicaments ciblés contre le cancer du sein peuvent provoquer ce phénomène, que les dermatologues qualifient d’éruptions acnéiformes. Ce ne sont pas de véritables boutons d’acné, lesquels sont causés par des pores obstrués. Ces éruptions cutanées surviennent parce que le médicament interfère avec les signaux de croissance au niveau des follicules pileux de la peau, ce qui provoque une inflammation. C’est pourquoi les produits de soin classiques contre l’acné peuvent aggraver l’irritation. Demandez à votre médecin ou à votre oncologue de vous prescrire des traitements plus doux, spécialement conçus pour ce type d’éruption cutanée.
La bonne nouvelle, c’est que rien de tout cela n’est permanent. Mes cheveux ont commencé à repousser petit à petit quelques mois après la fin de ma radiothérapie, puis de manière plus marquée après mon traitement de plusieurs années au tamoxifène. Ils ont aussi repoussé plus épais et avec plus de boucles. Mes cils et mes sourcils ont mis plus de temps à repousser et ne sont toujours pas aussi fournis qu’avant. Quant aux ongles, il semble que des ongles sains remplacent progressivement les ongles abîmés à mesure qu’ils poussent. Enfin, ma peau aussi va mieux maintenant, même si elle reste un peu sèche.
Bien sûr, tout cela n’avait rien de glamour, mais savoir que c’était « normal » et temporaire quand on a un cancer du sein était rassurant. Et c’est pour ça que je vous raconte tout ça, en espérant que cela vous réconfortera un peu de savoir que vous n’êtes pas seul·e. Oui, moi aussi, je l’ai vécu.
Adriana Ermter est une auteure et rédactrice primée. Vous pouvez lire ses écrits dans IN Magazine, Living Luxe, 29Secrets.com, RethinkBreastCancer.ca et AmongMen.com. Cette ancienne chroniqueuse beauté du magazine FASHION et rédactrice en chef des magazines Salon et Childview habite à Toronto avec ses deux chatons très gâtés, Murphy et Olive, qu’elle a recueillis. Vous pouvez la suivre sur Instagram (@AdrianaErmter).