La Voix Des Canadiennes Atteintes D'un Cancer Du Sein

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Série sur le mode de vie et la nutrition des patientes atteintes de cancer du sein et des survivantes. 1re partie : Pourquoi vous est-il impossible d’obtenir toujours les mêmes réponses à vos questions d’alimentation ?

Cathy Leman, M.A., DT.P., EPC, est diététiste, entraîneuse personnelle certifiée, thérapeute en nutrition, blogueuse, conférencière et fondatrice de dam. mad. About BREAST CANCER®. Après avoir reçu un diagnostic de carcinome canalaire infiltrant de stade I en octobre 2014, Cathy s’est donné pour mission de servir la communauté du cancer du sein en proposant des recommandations et des conseils fondés sur des preuves. Elle éduque, informe et incite les femmes à manger, bouger et prendre soin d’elles et de leur bien-être avec confiance.

Par Cathy Leman, M.A., DT.P., EPC

Il y a deux ans, j’ai assisté avec un réel bonheur à mon premier symposium sur la nutrition en oncologie. Il s'agissait d'un événement biennal organisé par l’Oncology Dietetic Practice Group de l’Academy of Nutrition and Dietetics. La science de la nutrition dominait lors de ce symposium et l’« alimentation magique » basée sur des conjectures, des opinions personnelles, des philosophies et des remèdes miracles n’y avait pas sa place.

En fait, ce n’est pas tout à fait vrai.

« L’alimentation magique » se pointe à CHAQUE événement lié à la diététique. Nous discutons toujours des plus récents mythes et impostures qui s’infiltrent partout sur Internet et au-delà. Immanquablement, on aperçoit des yeux levés au ciel, des grincements de dents et la gestuelle caractéristique d’un « Bien voyons donc ! ». Néanmoins, je ne saurais trop insister sur l’élément suivant. La majorité des quelque 350 diététistes qui ont organisé ce symposium, qui y ont assisté ou qui y ont participé œuvrent SUR LE TERRAIN, 365 jours par année, avec des patients cancéreux — hospitalisés ou non — dans les centres de cancérologie, hôpitaux et établissements de soutien pour le cancer. Ils sont fermement résolus à aider leurs patients à améliorer leur santé ET leurs connaissances. Ce savoir doit se baser sur les données probantes examinées par les pairs et sur les normes d’excellence en recherche. Pas sur la télé-réalité.

Au cours de la séance d’ouverture, Alice Bender, M. Sc., Dt.P., (maintenant ancienne) directrice des programmes alimentaires de l’American Institute for Cancer Research (AICR), a donné le ton : c’est la FAÇON de communiquer qui distingue les diététistes du bruit et du battage médiatique des messages sensationnalistes qui portent l’alimentation pendant un cancer.

  • Discours sensé contre discours sensationnaliste
  • Données probantes contre croyances
  • Susciter un changement de comportement contre « Faites seulement cette chose… »
  • Réduction des risques contre garantie

Ma mission consiste à transmettre mes connaissances scientifiques au sujet de l’alimentation et du cancer du sein pour freiner la confusion, l’incertitude et la frustration vécue par la communauté du cancer du sein. Je désire que vous vous sentiez confiante quand vous prenez des décisions liées à l’alimentation et à un mode de vie sain. Je vous offre ici un aperçu des cinq questions qui me sont le plus souvent posées et leurs réponses.

1) Pourquoi est-ce que je ne reçois jamais les mêmes réponses à mes questions liées à l’alimentation ?

Il existe une multitude de travaux extraordinaires menés partout sur le globe par un réseau d’experts et de chercheurs qui analysent la recherche portant sur la prévention du cancer et la survie sous les angles de l’alimentation, de la nutrition et de l’activité physique. Ce corpus, appelé Continuous Update Project (CUP), consiste en une base de données actualisée qui recense tous les documents pertinents aux essais contrôlés randomisés et aux études de cohorte de 17 types de cancer et de survivantes du cancer du sein. Le CUP constitue une ressource scientifique fiable et faisant autorité qui contribue à développer des lignes directrices et des politiques basées sur des données probantes. Malheureusement, ce ne sont pas tous les centres de cancérologie qui connaissent l’existence du CUP et de ses lignes directrices. Même si les membres de ce réseau réputé travaillent inlassablement pour faire connaître cette ressource fiable, leur message ne parvient pas à tous. Les cliniciens ne peuvent pas promouvoir des recommandations qu’ils ne connaissent pas.

Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi.

Si je dirigeais un centre de cancérologie, je veillerais à ce que mes cliniciens aient accès aux plus récentes recommandations et informations sur les habitudes de vie, qu’ils en fassent la promotion et que leur formation soit adaptée en conséquence. Mais tant que je ne serai pas responsable de tous les centres anticancéreux de la planète, il n’en sera pas ainsi. Un autre élément de réponse réside dans le fait que les cliniciens qui ne sont pas diététistes ne possèdent ni une formation ni les connaissances de base en nutrition. Leurs conseils d’alimentation ne seront jamais les mêmes et pourraient se révéler inexacts.

2) Pourquoi est-ce si difficile (ou même impossible) d’obtenir un renvoi en diététique ?

Le plus grand obstacle à la dotation adéquate de diététistes en oncologie concerne le non-remboursement. De nombreux diététistes ont évoqué le défi pour leur centre de cancérologie d’obtenir le financement nécessaire pour créer un poste à temps plein (ou même à temps partiel). Pendant ce temps, ils sont responsables d’un nombre stupéfiant de patients et ils travaillent souvent à différents endroits. Une participante a affirmé travailler deux jours par semaine pour un total de huit heures. Même s’il s’agissait d’un symposium américain, je suppose que c’est semblable au Canada.

Une autre raison ? Il n’y a tout simplement pas suffisamment de diététistes en centre de cancérologie pour répondre à la demande. Selon des données de 2016, on comptait en moyenne 3,3 diététistes par 10 000 habitants. Ce nombre variait de 2,8 en Ontario et en Colombie-Britannique à 6,2 dans l’Est du Canada1.

Combien d’entre vous n’obtiennent pas l’encadrement qu’elles VEULENT, qu’elles MÉRITENT et dont elles ont BESOIN en raison de l’accès limité aux diététistes ? Ces derniers ne tentent pas de se soustraire à leur charge de travail. Au contraire, bon nombre de participants à qui j’ai parlé désirent un poste à temps plein. Convaincre les gens responsables des budgets de dégager les fonds nécessaires pour payer les salaires des diététistes tout en leur prouvant que ces derniers représentent indéniablement une VALEUR ajoutée constitue une difficulté dont j’ai maintes fois entendu parler.

3) Quels sont les meilleurs nutriments pour moi ?

Puisque nous mangeons des ALIMENTS, et non pas des nutriments, les recommandations alimentaires sont basées sur des aliments. Les aliments complets fournissent à votre organisme les nutriments dont il a besoin et d’autres composés qui favorisent une bonne santé comme les antioxydants et les phytochimiques. Cela ne signifie pas que nous ne pourrons jamais détenir la preuve que des nutriments précis réduisent le risque de cancer du sein ou arrivent même à le prévenir ; nous n'en sommes tout simplement pas là encore. Il vous faut manger des aliments VARIÉS (surtout des fruits et des légumes) tous les jours pour augmenter votre probabilité d’obtenir tous les nutriments dont vous avez besoin2.

4) Devrais-je prendre des doses élevées d’antioxydants sous forme de complément alimentaire pendant ma radiothérapie ou un autre traitement ?

Il est recommandé d’éviter les doses élevées d’antioxydants sous forme de supplément. Toutefois, et surtout chez les gens qui ne boivent pas d’alcool et qui ne fument pas, une grande consommation d’antioxydants issus de l’ALIMENTATION (encore cette idée d’aliments !) s’avère utile à la protection des cellules contre les dommages causés par les radicaux libres3. Les vitamines C et E et les caroténoïdes — qui comprennent le bêta-carotène, le lycopène et la lutéine — sont quelques-uns des antioxydants contenus dans les aliments4.

Voici une liste non exhaustive des meilleurs aliments à consommer :

  • Agrumes
  • Baies
  • Brocoli
  • Cerises
  • Choux de Bruxelles
  • Épinards
  • Germe de blé
  • Haricots secs
  • Pacanes
  • Patates douces et pommes de terre
  • Poivrons
  • Pommes
  • Pruneaux

5) Dois-je opter pour un régime complètement végétalien pour suivre un régime à base de plantes ?

Non. Un régime composé uniquement de végétaux ne comporte que très peu d’avantages, voire aucun, par rapport à un régime principalement constitué de végétaux2. Les preuves qu’une alimentation composée principalement de végétaux contribue à réduire les risques de récidives s’avèrent toutefois solides. Je vous encourage donc à intégrer plus de végétaux dans vos repas et vos collations.

Si vous songez à adopter une alimentation riche en végétaux, mais que vous craignez de ne pas obtenir suffisamment de protéines ou que vous connaissez mal les différents régimes végétariens, consultez ce lien [en anglais seulement].

Références

1. Les dispensateurs de soins de santé au Canada : profils provinciaux, 2007 à 2016—Tableaux de données. Institut canadien d’information sur la santé. Estimations démographiques. Statistiques Canada. Estimations démographiques trimestrielles, 2012;25(4)

2. AICR Research Updates: The Urgency of Cancer Prevention Evidence to Action. 4th Biennial Oncology Nutrition DPG Symposium, 13 avril 2018. Présentation: Alice Bender, M. Sc., Dt.P, Directrice des programmes alimentaires de l’AICR.

3. Antioxidants, Fasting and More: A Discussion of Hot Topics in Oncology Nutrition. 4th Biennial Oncology Nutrition DPG Symposium, April 15, 2018. Présentation: Suzanne Dixon, M.P.H., M. Sc., Dt.P., Rédactrice médicale principale, Mesothelioma Center.

Photo par Siora Photography sur Unsplash